Beaucoup moins précis qu’on ne le dit, le programme économique et social de François Fillon repose sur des hypothèses contestables.

Tout ira bien, sauf si tout va plus mal

Le programme de François Fillon a été identifié pendant toute la campagne de la primaire de la droite comme le plus sérieux et le plus abouti (beaucoup de journalistes reprenant ce faisant les éléments de langage de l’équipe du candidat Fillon). Une telle affirmation est hautement discutable puisque sur de nombreux points, le programme de François Fillon est en réalité extrêmement flou (notamment en ce qui concerne la formation professionnelle et le remboursement des soins de santé). Mais il faut ajouter que même dans le domaine purement économique, la stratégie de François Fillon repose entièrement sur deux hypothèses.

D’une part, il faudrait alléger considérablement la fiscalité des Français les plus riches afin que ces derniers investissent ce surplus de revenus dans l’économie française. François Fillon semble considérer qu’un tel transfert (économie sur les impôts/investissements productifs) doit s’opérer en vertu d’un mécanisme automatique et inéluctable. Or, rien ne permet de penser que les plus riches utiliseraient nécessairement l’argent économisé du fait de la baisse de leurs impôts pour investir dans les entreprises nationales. Ils peuvent aussi bien l’épargner, le dépenser hors de France ou, surtout, l’investir à l’étranger puisque les pays européens (et au-delà) sont désormais engagés dans une compétition féroce pour attirer les capitaux, compétition dans laquelle le critère d’excellence consiste à viser tendanciellement l’imposition zéro pour le capital.

Le chômage n’est pas la plus grande des injustices

D’autre part, deuxième hypothèse, il faudrait réduire drastiquement le coût du travail et démanteler le code du travail afin que les entreprises embauchent davantage. Là encore, il s’agit d’un pari qui n’est pas extravagant mais reste très aléatoire. D’abord, parce que la compétition au moins-disant social entre les pays porte aussi sur l’abaissement du coût du travail et la facilitation des licenciements. Ensuite, parce que la compétitivité d’une entreprise ne dépend pas seulement de la faiblesse de ses charges mais aussi d’autres facteurs comme, ô surprise, la qualité des produits et des services qu’elle propose. Enfin, et c’est le point le plus important, François Fillon use et abuse du slogan : « La plus grande injustice sociale, c’est le chômage. » (presque aussi populaire à droite que l’inusable « La sécurité est la première des libertés. »). Or, une telle affirmation péremptoire est particulièrement contestable. Les exemples abondent de pays où le chômage baisse tandis que la pauvreté augmente. Les conditions de travail, les horaires, le niveau de salaire mais aussi l’intérêt du travail effectué ; voilà des facteurs fondamentaux tout aussi importants que le taux de chômage si on réfléchit à la justice sociale et au bien-être des salariés.

L’éternelle classe dangereuse : les assistés

La faiblesse de cette position de la droite sur le chômage (mieux vaut n’importe quel travail que pas de travail du tout) se révèle d’ailleurs de manière criante dans l’utilisation systématique d’arguments moralisants qui viennent s’ajouter aux raisonnements économiques. Chez Fillon (comme chez la plupart des cadres du parti Les Républicains), la sentence « La plus grande injustice sociale, c’est le chômage. » est le plus souvent complétée par des considérations assez grossières sur l’horreur de l’assistanat, les multiples abus des assistés, la fraude aux prestations sociales et la trop fameuse dignité du travail. Comme si les chômeurs n’avaient pas de dignité et, surtout, comme si beaucoup de salariés n’exerçaient pas leur travail dans des conditions indignes.

Faire confiance aux riches, se méfier des pauvres

En fin de compte, ces hypothèses qui structurent le programme économique de François Fillon renvoient à ce qui est devenu le totem des économistes de droite : la confiance. Il est remarquable de constater que ce sont les mêmes économistes qui, d’une part, brandissent la modélisation mathématique et le statut de science expérimentale de l’économie afin de valider toutes leurs thèses et qui, d’autre part, martèlent que le facteur crucial de la croissance économique est une notion totalement irrationnelle : la confiance. En outre, cette confiance si précieuse ne concerne dans les analyses de ces économistes que certains agents économiques. On nous parle de la confiance que les politiques gouvernementales doivent inspirer aux marchés financiers, aux agences de notation, à la Commission de Bruxelles ou aux chefs d’entreprise. Mais il est rarement question de la confiance des salariés et des citoyens. Or, en admettant qu’on veuille faire de la confiance un facteur majeur de la bonne marche de l’économie, on ne voit pas pourquoi la confiance du salarié vis-à-vis de son avenir professionnel et du consommateur vis-à-vis de son pouvoir d’achat ne devrait pas être prise en compte. Refuser obstinément de considérer le point de vue des salariés (qui sont pourtant des agents économiques au même titre que les patrons) risque de condamner le programme de François Fillon à n’être qu’un programme de renforcement du pouvoir patronal et pas un projet pour la France.

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