A peine quelques heures après le déclenchement des attentats du 13 novembre à Paris, Michel Onfray envoyait ce message sur twitter : « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. ». Cette prise de position préfigure la nouvelle forme que va prendre le masochisme de gauche après les dernières attaques de l’Etat Islamique.

Contrairement à ce qui s’est passé après les attentats de janvier, il va être difficile de pointer le supposé « racisme institutionnel » de la France ou de brocarder le comportement blasphématoire des journalistes islamophobes de Charlie-Hebdo. Cette fois-ci, ce sont des inconnus qui ont été visés, des anonymes dont il était impossible de savoir quelle pouvait bien être leur position sur l’islam ou sur l’immigration (ce qui n’est évidemment pas la même chose). Comment faire, dès lors, pour réussir à affirmer que, une fois de plus, c’est bel et bien la faute de la France si des français se font tuer ? Il suffira de transférer l’accusation d’islamophobie de la société française vers l’État français, de la politique intérieure vers la politique étrangère. On fera d’ailleurs probablement rapidement le lien entre les deux, en expliquant la politique étrangère islamophobe de la France par une attitude foncièrement raciste de la société ou de la population française dans son ensemble.

Le Grand Méchant Occident

C’est la tâche à laquelle s’est attelée Michel Onfray alors que des victimes perdaient encore leur sang, très vite épaulé par d’autres représentants de la gauche islamophile.

Michel Onfray a depuis explicité son propos dans le journal Le Point, en affirmant notamment, et nous le citons in extenso tant la déclaration est accablante : « Ce qui a eu lieu le vendredi 13 novembre est certes un acte de guerre, mais il répond à d’autres actes de guerre dont le moment initial est la décision de détruire l’Irak de Saddam Hussein par le clan Bush et ses alliés il y a un quart de siècle. La France fait partie depuis le début, hormis l’heureux épisode chiraquien, de la coalition occidentale qui a déclaré la guerre à des pays musulmans. Irak, Afghanistan, Mali, Libye… Ces pays ne nous menaçaient aucunement avant que nous leur refusions leur souveraineté et la possibilité pour eux d’instaurer chez eux le régime de leur choix ».

D’abord, quelle est donc cette mystérieuse coalition occidentale qui, d’après Onfray, ferait la guerre aux musulmans depuis un quart de siècle ? Quelle étrange essentialisation, d’ailleurs, de l’Occident (cette vue de l’esprit, au même titre que l’Orient), comme si les pays occidentaux formaient un bloc parfaitement homogène, simplification outrancière qui est systématiquement dénoncée (à juste titre) quand il s’agit de parler de l’islam ou du Moyen-Orient en général. Pourtant, la France n’a pas participé à toutes les coalitions occidentales puisque, comme le dit Onfray lui-même, il y a eu l’« heureux épisode chiraquien », c’est-à-dire le refus de la France d’attaquer l’Irak en 2003. Autrement dit, si on suit ce que dit Onfray, la France « fait partie depuis le début » d’une coalition occidentale dont « le moment initial » est la décision de détruire l’Irak, destruction à laquelle la France a refusé de participer en 2003. C’est limpide.

Le totalitarisme, un choix comme un autre

D’autre part, cette « coalition occidentale » n’est absolument pas spécifiquement occidentale puisque des pays arabes et/ou musulmans ont participé et participent encore à plusieurs opérations militaires, notamment celles en cours en Syrie et en Irak. De plus, l’affirmation selon laquelle la France « a déclaré la guerre à des pays musulmans. » est une contrevérité puisque la France est intervenue au Mali à la demande du gouvernement malien et intervient actuellement en Irak à la demande du gouvernement irakien. Quant à la Syrie, la France n’a pas déclaré la guerre à l’État syrien et ses frappes se font avec l’accord, au moins tacite, du régime en place. Du reste, est-il si évident de définir l’Irak ou la Syrie comme des pays musulmans puisqu’ils comptent d’importantes minorités notamment chrétiennes, alors même que le simple fait de définir la France comme un pays chrétien déclenche automatiquement des accusations de racisme ?

On tombe enfin littéralement dans le grotesque quand Michel Onfray affirme que « Ces pays ne nous menaçaient aucunement avant que nous leur refusions leur souveraineté et la possibilité pour eux d’instaurer chez eux le régime de leur choix. ». Notons ce « nous » mystérieux responsable de tant de forfaits inexpiables. Qui est ce nous ? Le méchant Occident, de nouveau ? L’État français ? Ma boulangère ? Les victimes des attaques du 13 novembre à Paris ? Michel Onfray lui-même ?  Mais enfin, peu importe, chacun sait que les djihadistes n’ont absolument pas déclarés une guerre planétaire à tous les « juifs et croisés », ce sont simplement d’héroïques patriotes qui défendent la souveraineté de leurs pays. De même est-il bien connu que le GIA algérien n’a absolument pas commis d’attentats sanglants en France dans les années 1990. Et il va de soi que la mise en coupe réglée totalitaire des régions conquises par l’Etat Islamique correspond à un ardent désir des populations ainsi soumises d’exprimer leur souveraineté en instaurant chez eux le régime de leur choix. Voilà une affirmation qui fera sans doute beaucoup rire les femmes syriennes réduites en esclavages par les sympathiques patriotes djihadistes.

Les musulmans sont un peuple. Et pourquoi pas une race, tant qu’on y est ?

A la question du journaliste du Soir qui lui demande si son analyse ne revient pas à dédouaner les terroristes, Michel Onfray répond : « Non, c’est se demander ce que signifie faire la guerre à un peuple qui est celui de la communauté musulmane planétaire, l’oumma. La France est-elle à ce point naïve qu’elle imagine pouvoir déclarer la guerre à des pays musulmans sans que ceux-ci ripostent ? ».

On quitte ici le domaine de la controverse philosophique et politique pour entrer dans celui du délire pur et simple. Ainsi apprenons-nous que « la communauté musulmane planétaire » est un peuple. Faudra-t-il donc désormais parler du peuple catholique ou du peuple bouddhiste ? En réalité, Michel Onfray endosse ici purement et simplement l’idéologie djihadiste dans un de ses concepts fondamentaux puisqu’il feint d’ignorer que la oumma est une notion religieuse faisant référence à une communauté spirituelle, alors que ce sont précisément les djihadistes qui veulent en faire une communauté politique (et militaire) c’est-à-dire un peuple. Où l’on voit donc Onfray l’athée pur et dur, Onfray le bouffeur de curés qui n’hésite pas dans son Traité d’athéologie à insulter le christianisme (parfois à juste titre) en ne reculant devant aucune caricature, se transformer soudainement en théologien musulman de pacotille dissertant sur l’oumma. Ce serait désopilant si ce n’était pas si affligeant.

A chacun son Diable

Malheureusement, il semble bien que nous devions nous préparer (bien que sous une forme différente) aux mêmes débats stériles que ceux qui ont suivi les attentats de janvier 2015. La gauche islamophile va nous seriner que tout cela est notre faute (à nous la France, l’Occident, l’Europe, peut-être même les Blancs ou les Chrétiens). La droite va proposer des « solutions » sécuritaires qui ne résoudront rien et mettront en danger la nature démocratique de la société française. Nicolas Sarkozy propose ainsi la mise en résidence surveillée de milliers de personnes soupçonnées (et donc non coupables) de radicalisation, tandis que Arno Klarsfeld exige la mise en place de la rétention administrative (c’est-à-dire la détention indéfinie sans jugement). L’extrême droite, quant à elle, pourra dérouler sa logorrhée habituelle sur les musulmans tous intégristes et les réfugiés tous musulmans. Chacun va rechercher une causalité diabolique, l’Occident pour Onfray, l’islam pour le Front National, le laxisme sécuritaire de la gauche pour la droite. Signalons d’ailleurs l’éditorial proprement scandaleux du Figaro du 16 novembre intitulé « Impitoyable ? » dans lequel Paul-Henri du Limbert n’hésite pas à établir une relation entre les attentats du 13 et la « vision rousseauiste de la justice » de la gauche, la sécurité de la France supposant selon lui que « François Hollande devra donc dire non à Christiane Taubira et à tout ce qu’elle symbolise. ».

Il devrait pourtant être évident que le phénomène djihadiste, comme tout phénomène humain, est le fruit de causes multiples et que croire qu’on en a trouvé une explication unique et exhaustive est le signe indéniable que l’on est en train de se fourvoyer.

2 Réponses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.