Le patron du Medef est l’incarnation de tous les défauts qu’il reproche aux syndicats de salariés.

J’ai un problème avec les syndicats (Jean-François Copé)

Les candidats à la primaire de la droite ont mille fois raison : il faut de toute urgence en finir avec l’archaïsme, la démagogie et les outrances du syndicalisme français. Et puisque l’idée est lancée, pourquoi ne pas commencer par dénoncer l’extravagance du leader syndical Pierre Gattaz ? Car, il n’est pas inutile de le rappeler, le Medef (Mouvement des entreprises de France) est un syndicat de chefs d’entreprises. Même si certains journalistes aiment bien l’appeler le « patron des patrons » ou le porte-parole des entreprises, il est ni plus ni moins l’homologue du secrétaire général de la CFDT ou de la CGT. Et ce syndicaliste aurait déclaré lors d’un voyage en Chine, d’après le journal l’Opinion : « J’ai quitté un pays communiste, la France, pour venir dans un pays libéral, la Chine ».

Il suffit d’ouvrir un dictionnaire usuel pour trouver une définition claire et distincte du libéralisme : « Doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État au regard des libertés individuelles. » (Larousse). Il est évident que le régime dictatorial chinois (et son économie contrôlée par l’État), non seulement ne correspond pas à cette définition, mais en  est même l’antithèse. Ainsi donc, voici Pierre Gattaz, chantre de la modernité face à la supposée « ringardise » de la CGT, qui adopte un vocabulaire digne de la Guerre Froide. Heureux temps où toute revendication des organisations ouvrières pouvait être dénoncée comme un infâme complot des staliniens. Époque bénie durant laquelle les paladins du capitalisme tressaient des couronnes de laurier au dictateur sanguinaire Pinochet qui appliquait au Chili les recettes économiques « libérales » qu’affectionne Pierre Gattaz.

Le problème des syndicats français, c’est que ce sont plus des partis politiques que des syndicats (Nicolas Sarkozy)

Les syndicats de salariés sont sans cesse pris entre le marteau et l’enclume de deux accusations contradictoires. Soit ils défendent des revendications strictement limitées aux conditions de travail des salariés qu’ils représentent et on leur fait alors le reproche d’être des organisations corporatistes méprisant l’intérêt général. Soit ils formulent des analyses sur la situation du pays et les moyens de l’améliorer et on les accuse alors d’être politisés. Ils ont donc tort, quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils disent.

Il est pour le moins étonnant de constater que l’organisation syndicale nommée Medef échappe largement à ce double anathème. Pourtant, les positions de Pierre Gattaz sont étroitement corporatistes. Il ne cesse de réclamer davantage de cadeaux du gouvernement, manifestant ainsi sa conception très personnelle du libéralisme. Par ailleurs, en dehors de l’aspect factuellement grotesque de la phrase, peut-on imaginer une déclaration plus idéologique et politicienne que celle qui assimile la France à un pays communiste ?

En réalité, ce que révèle cette « blague » de Gattaz, c’est que la lutte des classes existe bel et bien et que les grands patrons la mènent avec méthode et acharnement. Mais ils devraient se méfier car, après tout, si la France est un pays communiste, pourquoi ne pas les prendre au mot et adopter une approche léniniste dans la liquidation de la bourgeoisie en tant que classe ? Nous plaisantons, bien sûr.

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