Depuis le déclenchement du mouvement des Gilets Jaunes, on parle beaucoup de la police. Et comme d’habitude, deux camps idéologiques se sont immédiatement dressés, arsenal rhétorique prêt à l’emploi. Pour les uns, la police n’est constituée que de brutes épaisses d’extrême droite guettant avidement la bavure ; pour les autres elle est intégralement formée de républicains sourcilleux ayant appris la Déclaration des droits de l’homme par cœur. Chaque camp se caractérise par une mauvaise foi de marbre, une vision incroyablement caricaturale de l’adversaire (qui ne peut être, selon les cas, qu’un immonde gauchiste pervers ou un écœurant fasciste dégénéré) et un refus délibéré de tenir compte de la complexité de la réalité. 

Il faut souligner que cet affrontement idéologique ne met pas simplement aux prises des anonymes éructant sur les réseaux sociaux mais des gens tout à fait « sérieux » qui ont le statut d’intellectuels, de politiciens ou de journalistes. Bien entendu, chaque camp ne perçoit et ne relève que les outrances de l’adversaire. L’un va s’indigner d’un rapprochement ignoble entre la police française et les SS, puis va justifier benoîtement une assimilation de Jean-Luc Mélenchon à Staline. L’autre va dénoncer l’amalgame entre les manifestations de Gilets Jaunes et les émeutes d’extrême droite de 1934, puis va tranquillement déclarer que le président Macron est en train d’instaurer un État policier.

Il est tout aussi stupide de détester la police que de l’adorer

On entend malheureusement dans toutes les manifestations en France depuis des années le slogan stupide « Tout le monde déteste la police ! », slogan d’autant plus crétin qu’il est évidemment totalement faux puisque la police est plutôt perçue positivement par une majorité de Français. Est-ce une raison pour lui substituer la déclaration « Tout le monde adore la police ! » qui est, sous une forme ou sous une autre, l’antienne puérile d’une partie importante des élites ? La police n’est et ne doit être qu’un instrument, il est tout aussi stupide de la détester que de l’adorer. Elle est, dit-on, la garante de l’ordre républicain. Mais que veut dire au juste cette expression, Ordre Républicain, qu’on nous sert à toutes les sauces ? La République, cela ne veut pas dire grand-chose et d’ailleurs, la plupart des dictatures sont des républiques. Quant à l’ordre, il y aurait beaucoup à dire sur ceux qui prononcent ce mot comme on se frotterait contre un doudou pour se rassurer. L’ordre n’a de légitimité que s’il a pour fonction de préserver une société juste et, en ce qui nous concerne, nous préférons le mot Démocratie au mot République (on peut même, audace suprême, ajouter l’adjectif Sociale au mot Démocratie).

A-t-on le droit de dire qu’il existe de mauvais policiers ?

Tous ceux qui crachent sur la police en général et tous ceux qui la portent aux nues ont une responsabilité politique et morale énorme car leur attitude ne peut que générer de la violence. Crier « Tout le monde déteste la police », c’est encourager les délinquants et les criminels. Hurler « Tout le monde adore la police », c’est légitimer les mauvais policiers. Car oui, évidemment, il existe de mauvais policiers et, par ailleurs, il peut aussi et surtout exister une instrumentalisation politique de la police. Les journalistes qui ont fait correctement leur travail (et il y en a beaucoup mais malheureusement, ils sont rarement mis en avant) ont tous fait le même constat : les manifestations de Gilets Jaunes ont donné lieu à des agressions très violentes contre les policiers et à des provocations et violences inutiles de la part de la police. Pourquoi est-il si difficile de faire admettre ce constat ? 

Le problème policier est une question technique et politique. Technique car il existe en matière de maintien de l’ordre des choses qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. Politique car les moyens techniques ne sont justement que des moyens, le but poursuivi par la police doit être déterminé démocratiquement. Nous refusons de conspuer la police et nous refusons de l’applaudir (combien de fois encore devrons-nous assister à ce spectacle ridicule de députés se levant pour applaudir les policiers parce qu’ils ont…arrêté quelqu’un ?) car tant qu’on se déchirera autour de la question absurde consistant à savoir si on « soutient » ou si on ne « soutient » pas la police, on évitera de se poser les vraies questions sur les objectifs, l’organisation et l’encadrement légal de l’action des forces de l’ordre.

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